Déclaration du Centre de femmes Marie-Dupuis sur la laïcité de la fonction et des services publics

Un important débat de société a lieu au Québec sur la laïcité dans la fonction et les services publics, mais aussi dans l’espace public. Le Centre de femmes a d’ailleurs organisé deux activités autour de ce thème. La première a eu lieu le 5 octobre 2009, avec comme conférencière invitée, Madame Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran. Elle était accompagnée de deux porte-parole du Collectif citoyen pour une Charte de la laïcité au Québec. Cent-seize (116) personnes étaient présentes. La deuxième a eu lieu le 23 novembre 2009, avec Madame Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec. Quarante-trois (43) personnes sont venues l’entendre.

Le conseil d’administration du Centre de femmes a préféré consulter toutes les membres avant de prendre une position officielle. C’est pourquoi nous avons organisé ces deux activités spéciales. Puis, lors de l’envoi de la Tribune Lanaudoise de mars-avril 2010, les 500 membres du Centre ont reçu un bulletin de vote qui présentait intégralement la position de la Fédération des femmes du Québec ainsi que la position du Conseil du statut de la femme, sur la question des signes religieux ostentatoires dans la fonction et les services publics.  À noter que « signe religieux ostentatoire » signifie signe religieux apparent, visible pour les autres.

Si la Fédération des femmes du Québec s’oppose à l’obligation faite aux femmes de porter des signes religieux ici et ailleurs dans le monde, elle demande par contre à l’État de ne pas interdire le port de signes religieux ostentatoires au sein de la fonction et des services publics québécois.

Au contraire, le Conseil du statut de la femme recommande que les représentants et représentantes ou les fonctionnaires de l’État ne puissent arborer de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leur travail.

Face à ces deux positions opposées à l’intérieur du mouvement des femmes, 75% des membres du Centre de femmes se sont montrées en faveur de la position du Conseil du statut de la femme.

Il est bon de rappeler que le 8 février 2007, le premier ministre Jean Charest déclarait lors du lancement de la commission Bouchard-Taylor, que l’égalité entre les hommes et les femmes et la séparation entre l’État et la religion étaient des valeurs solides de la nation du Québec.

Sur la base de ces valeurs fondamentales, nous croyons que le gouvernement du Québec doit se pencher sérieusement sur la laïcité qu’il entend privilégier afin qu’on puisse y référer pour toutes les lois et politiques traitant de la diversité religieuse.  Le dictionnaire Larousse définit ainsi la laïcité: caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes, système qui exclut les Églises de l’exercice du pouvoir politique ou administratif, et en particulier de l’organisation de l’enseignement public.

Nous refusons que l’on puisse porter atteinte à l’égalité entre les femmes et les hommes au nom de la liberté de religion.  Nous considérons qu’un accommodement qui porte atteinte à l’égalité entre les femmes et les hommes est un accommodement déraisonnable qui va à l’encontre de la Charte québécoise telle que modifiée en juin 2008.

La neutralité de l’État demeure une valeur partagée par les québécoises et les québécois.  Il est donc essentiel que cette neutralité de l’État soit véhiculée par l’ensemble des personnes travaillant dans  la fonction et les services publics.

De plus, l’histoire démontre bien qu’en matière de religions, sans aucune exception, les femmes sont toujours perdantes lorsque nous parlons d’égalité.  Au Québec, plus la séparation de l’État et de la religion s’est effectuée, plus la progression des femmes vers l’égalité s’est actualisée.

Nous faisons nôtres les propos de la Déclaration des Intellectuels pour la laïcité publiée notamment dans Le Devoir.com le 16 mars 2010.  Cette déclaration stipulait:

-                     que la laïcité ne brime pas la liberté de religion et qu’elle est une condition essentielle à l’égalité entre les hommes et les femmes;

-                     que la laïcité dite « ouverte » constitue une négation de la laïcité de l’État en favorisant les objectifs des groupes religieux conservateurs;

-                     que la laïcité n’est pas une réaction défensive face aux minorités issues de l’immigration récente puisque son principe a été défendu au Québec dès le XIXe siècle (dans la Déclaration d’indépendance des Patriotes de 1838 et par L‘Institut canadien) et au XXe siècle (dans le manifeste du Refus global qui préfigurait la Révolution tranquille).

Ainsi :

Nous demandons à l’Assemblée nationale d’interdire aux employéEs, ainsi qu’aux représentants et représentantes de l’État d’afficher des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions, comme il leur est interdit d’afficher leurs opinions politiques.  Nous lui demandons d’adopter une charte ou une loi sur la question de la laïcité, qui respectera le principe de séparation des religions et de l’État et le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes, et qui permettra de fixer les balises pour toutes les demandes d’accommodements religieux.

Les membres du Centre de femmes Marie-Dupuis

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