LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE JEAN CHAREST par Ghyslain Parent, 23 octobre 2009

Trois-Rivières le 23 octobre 2009

Monsieur Jean Charest

Premier Ministre du Québec

Objet : Projet de Loi 16 et Charte de la laïcité

Monsieur,

Il y a quelques mois, sortaient de votre bouche, les trois valeurs prépondérantes au Québec : 1) Le fait français ; 2) L’égalité Homme-Femme et 3) La séparation de la religion et de l’état. L’énumération de ces trois valeurs ne peut que vous honorer et je tiens à vous en féliciter.

Vous n’êtes pas sans savoir que les deux premières valeurs ont été fortement encadrées soit par la Charte de la langue française, pour la première valeur tandis que la deuxième a été ajoutée par vos bons soins dans la Charte québécoise des droits et libertés. Pour la troisième valeur, les gens la prennent pour un acquis et elle est souventes fois mentionnée par les politiciens ou autres comme étant un fait, mais il n’en est rien.

Je porte une oreille attentive au débat portant sur les accommodements dit-raisonnables [qui sont plus des accommodements religieux] depuis plus de trois ans et je peux vous confirmer que les Québécois sont maintenant prêts à voir enchâsser dans des documents officiels, par une charte, le principe de la laïcité. En effet, le Québec a changé et il a atteint une certaine maturité qui lui permet d’accepter les différentes religions, mais à la condition que celles-ci soient du domaine strictement privé. En ce sens, la religion ne doit pas s’immiscer dans la sphère publique. Une Charte de la laïcité au Québec ferait en sorte que le législateur pourrait exiger une réelle abstraction du fait religieux dans l’espace commun : 1) L’école ; 2) Le monde du travail ; 3) Le domaine de la santé ; 4) le domaine juridique et 5) Les sports.

C’est donc avec un grand soulagement que j’ai accueilli le retrait du projet de loi 16 de Madame Yolande James débattu en vos murs au cours de la dernière semaine. Oui, nous avons besoin de bras et de cerveaux venant de l’extérieur pour nous aider à construire le Québec de demain. Oui, nous devons les accueillir avec respect et enthousiasme, mais nous devons leur indiquer clairement, par l’adoption de lois sérieuses, que le Québec sera désormais et pour toujours une terre de paix qui commande que les dogmes religieux ne trouvent place que dans les lieux de culte et les familles. Malheureusement, il semblerait que ce soit la Constitution Canadienne, avec tout son cortège de tribunaux, qui empêcherait les Québécois et son législateur de véritablement encadrer les pratiques des immigrants en semblable matière.

Il est grand temps que nos politiciens arrêtent de craindre de « faire-pleurer-le-Petit-Jésus » et le « bon Canada » et qu’ils envoient un message clair à tous. Il faut éviter que la religion des uns ne devienne la loi des autres. Qui osera prendre ses responsabilités pour une réelle inclusion de tous dans un Québec fort ?

Veuillez compter sur ma précieuse collaboration.

Ghyslain PARENT, Ph.D.

Professeur département des sciences de l’éducation

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES

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