QUÉBEC VA CLARIFIER LA QUESTION DU NIQAB, PAR ROBERT DUTRISAC, LE DEVOIR, 4 MARS 2010
La vice-première ministre Nathalie Normandeau a indiqué hier que le gouvernement posera d’autres gestes au cours des prochaines semaines sur l’enjeu du port des signes religieux.
Québec — Conscient désormais que la gestion au cas par cas ne viendra pas à bout des controverses entourant le port des signes religieux, le gouvernement Charest annoncera d’ici quelques semaines des directives visant à clarifier les pratiques en la matière.
La vice-première ministre Nathalie Normandeau a indiqué hier que le gouvernement «posera d’autres gestes au cours des prochaines semaines relativement à tout cet enjeu lié au niqab, au port du voile».
Nathalie Normandeau a soutenu que le gouvernement avait «pris ses responsabilités» dans «un cas très médiatisé», celui de cette Égyptienne qui a été expulsée d’un cours de francisation donné par les enseignants du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) au cégep Saint-Laurent parce qu’elle refusait de se départir de son voile intégral. La ministre elle-même, Yolande James, est intervenue en donnant sa bénédiction à la direction du cégep qui a ordonné cette expulsion.
«Je pense que, dans les circonstances, il faut aller encore plus loin», a dit Mme Normandeau, qui a refusé de fournir des détails. La vice-première ministre a toutefois rappelé que Jean Charest, comme le rapportait hier Le Devoir, a laissé savoir que le voile intégral n’avait plus sa place dans les services publics. «Pour les services publics qu’on reçoit du gouvernement du Québec, ça se fait à visage découvert», a tranché le premier ministre.
Dans la même veine, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, prépare un guide visant à aider les établissements d’enseignement à traiter les demandes d’accommodements religieux.
La laïcité en dépit de la Charte
De son côté, le Parti québécois est prêt à faire fi de la Charte canadienne des droits et libertés pour doter le Québec d’une Charte de la laïcité qui interdirait le port de signes religieux comme le niqab au sein de la fonction publique et dans les écoles.
C’est ce qu’a indiqué hier au Devoir la députée de Rosemont et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, Louise Beaudoin. «C’est certain qu’on ne s’arrêtera pas en chemin parce qu’il pourrait y avoir des obstacles juridiques à la mise en oeuvre d’une telle charte», a-t-elle affirmé.
«Si René Lévesque et le Dr Laurin avait raisonné comme ça [en se préoccupant d'un éventuel jugement de la Cour suprême], on n’aurait jamais eu de loi 101», estime-t-elle.
Dans le cas du voile intégral, «c’est tellement gros, tellement en dehors du sens commun, que même le gouvernement en convient». Pour la députée, c’est une «toute petite minorité qui teste le système», «une fraction minime qui prétend, au nom de sa liberté religieuse, piétiner d’autres libertés comme l’égalité hommes-femmes».