Réflexion à l’occasion de la journée de la femme, 8 mars 2010, par Ghyslain Parent, Ph.D. Professeur, UQTR

Il y a quatre ans, j’ai commencé à me préoccuper d’un phénomène alors inquiétant pour la population de la région du Centre du Québec. C’était le phénomène de l’exode des jeunes. À cause des menaces de cet exode, du manque de renouvellement de la population relié au faible taux de natalité et du vieillissement des individus, tout laissait croire que les employeurs du Québec auraient de la difficulté à embaucher de la main-d’œuvre qualifiée. Nous osions émettre comme hypothèse que l’arrivée massive d’immigrants allait solutionner le problème.

Cependant, aux mêmes moments, j’avais l’occasion de travailler avec différents organismes communautaires dans la région de Montréal et j’y voyais une chose qui m’embêtait. Comment se faisait-il que dans cette région, plusieurs individus de l’immigration récente n’arrivaient pas à se trouver d’emploi ? Les Québécois qui étaient ouverts à l’immigration et aux différentes cultures commençaient  à être heurtés par différentes pratiques. Une psychose commençait à s’installer et il était bien vu maintenant de critiquer les étrangers et de les affubler de certaines étiquettes disgracieuses. J’avais pourtant vu, il y a près de 35 ans dans le petit village où je demeurais, ces Québécois accueillir avec une grande générosité des haïtiens et les « boat people » vietnamiens.

Il y a quatre ans, j’ai senti que les Québécois faisaient un repli identitaire, émotif dans un premier temps, en réaction avec certains jugements de la Cour supérieure qui accordaient des accommodements dits-raisonnables. En effet, à ce moment, l’intolérance se faisait plus sur une dimension religieuse. Par la suite, j’ai vu apparaître des notions rationnelles telles que le principe de l’« égalité homme-femme » pour venir solidifier des attitudes de refus d’accepter ces nouvelles réalités. Un point de non-retour venait d’être signé. Les gens ne tolèreraient plus l’intolérable.

Personnellement, cela ne me dérangeait pas qu’une femme soit assez folle pour porter une burqa noire, en plein soleil d’été, et je considérais son geste comme faisant partie du domaine du privé. Pour moi, tout individu avait le droit de se vêtir comme il le veut bien. En effet, la première femme que j’ai vue en burqa noire, c’était sur le Mont-Royal lorsque je participais à un pique-nique. Je trouvais même cela « glamour » de voir cette femme si amoureuse de son dieu pour se promener ainsi vêtue alors que son conjoint et ses deux jeunes enfants étaient habillés en Québécois. Pour moi, cette pauvre femme faisait ce que nos bonnes sœurs faisaient, il y a de cela cinquante ans au Québec, lorsqu’elles offraient toutes leurs souffrances pour la rédemption de nos péchés.

Cependant, lorsqu’ai vu, à Montréal-Nord, une femme en burqa noire monter dans une Volvo du côté du CONDUCTEUR, j’ai compris que ni elle ni moi n’étions en sécurité lorsqu’elle prenait le volant. Je considérais que le fait de conduire n’était pas un acte privé, puisque cela exigeait un permis, et était un acte social commis dans l’espace public. À partir de ce moment, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il fallait des lois et des règles strictes qui viennent régir l’espace public pour du moins assurer MA sécurité.

Depuis les années 1960, les Québécois affirmaient bien haut leur désir de laïcité dans l’espace public et fermaient la porte au fait que la ou les religions viennent régir leurs décisions et imposer des dictats. J’en convenais donc, après avoir réfléchi sur la question et réalisé certaines recherches dans le cadres de mes fonctions de chercheur universitaire, que le Québec était prêt à exiger que nos gouvernements fassent une charte de la laïcité pour circonscrire cinq domaines : 1) l’école ; 2) le marché du travail ; 3) les tribunaux ; 4) les domaines administratifs et législatifs et 5) les sports. En effet, aucune religion, quelle qu’elle soit, ne doit venir jouer un rôle dans ces sphères. Pour aucune raison, il ne faut que la religion des uns ne devienne la loi des autres.

Je suis convaincu qu’une reconnaissance de la neutralité religieuse dans une charte laïque viendrait protéger le droit de tous d’adhérer à la religion et aux rites religieux qu’ils veulent dans les lieux de culte et dans leur foyer. Cependant, même dans les lieux de cultes et dans les maisons, il est primordial, dans les enseignements donnés par les curés, les rabbins ou les imams, de respecter des valeurs québécoises. Parmi ces valeurs, il y a le principe de l’« égalité homme-femme » nouvellement inscrit dans la Charte des droits et libertés du Québec par Monsieur Jean Charest. Le Québec a fait un cheminement phénoménal sur cette reconnaissance, mais elle n’en demeure pas moins fragile. Je tiens à vous rappeler que la religion catholique elle-même n’adhère pas à ce principe d’égalité des genres et met tout en action pour garder de vieilles pratiques archaïques et démodées qui laissent peu de place aux femmes. Je demeure convaincu que les jeunes Québécoises auront à poser des gestes quotidiens pour préserver l’héritage de leur mère en matière d’égalité en particulier et qu’elles ne devraient jamais faire de compromis sur leurs acquis sur cet aspect.

Pour terminer, je tiens à vous confirmer que la religion n’est pas une valeur. C’est un endoctrinement qui ne fait pas appel à la rationalité. Effectivement, pour adhérer à une religion, il faut croire à des choses qui ne sont pas croyables. Par ailleurs, les valeurs religieuses auxquelles vous pouvez faire référence, telles le partage, la justice et le respect, ne sont pas le lot des catholiques. Il y a des personnes d’autres religions ou athées qui possèdent ces mêmes valeurs.

Je suis très ouvert à toutes les formes d’expression religieuse, mais, il ne faut surtout JAMAIS faire un mélange religiopolitique. Cela est explosif et malheureusement,  comme nous le montre l’histoire, le mélange a conduit à bien des guerres et même dans l’histoire des catholiques québécois, il y a eu bien des scandales et des malheurs qui ont conduit, entre autres, le Cardinal Ouellet à s’excuser et à demander pardon, il y a de cela quelques années. L’histoire doit aussi reconnaître ces malheurs et l’enseigner aux enfants de nos enfants.

Les dogmes des religions ne sont pas discutables et ils sont difficilement miscibles pour les rendre perméables entre les différents groupements religieux. Je crois donc que moins les religions auront de place sur la sphère publique et politique, plus il sera facile de trouver des terrains d’entente pour la participation sociale de la totalité des personnes vivant au Québec et ce, peu importe qu’ils soient les descendants de Jacques Cartier ou de nouveaux arrivants tout récemment débarqués à l’Aéroport Montréal-Trudeau.

Au Québec, des règles strictes, enchâssées dans une Charte de la laïcité, permettraient aux employeurs et aux fonctionnaires de ne pas avoir à inventer des conduites administratives à la pièce ou sous le coup de l’émotion. Une telle charte aura la volonté de mieux éclairer les décisions pour un meilleur vivre-ensemble et une plus grande cohésion entre les citoyennes et citoyens du Québec.

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